A part ça ...

Humeur déco #244

Humeur déco #244

"Il faut que tu saches qu'avec toi, nous avons appris quelque chose qui nous emplit d'orgueil : nous avons appris à apprécier, à respecter et à aimer un être différent. Il est très facile d'accepter et d'aimer ceux qui nous ressemblent, mais quelqu'un de différent, c'est très difficile, et tu nous as aidés à y arriver." L'écrivain et journaliste chilien Luis Sepulveda est décédé la semaine dernière. C'est avec le livre "Le vieux qui lisait des romans d'amour" qu'il a marqué les esprits. Mais pour moi, son récit le plus remarquable est "Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler".

Cette fable, que Sepúlveda avait dédicacé à ses enfants, s’adresse aussi bien aux petits qu’aux adultes. La première page s'ouvre sur une mouette qui, touchée par une marée noire, parvient à rejoindre le port de Hambourg. Là, avant de mourir, elle confie son œuf à un chat, un gros matou paresseux, pour qu’il protège et élève l’oisillon. Abordant des thèmes universels et actuels tels que le respect de la différence, l’entraide, l’écologie, le courage ou l’apprentissage de la vie, ce bref récit nous questionne, avec humour et poésie, sur les relations entre hommes, entre animaux et entre les deux espèces. 

J'ai lu ce conte avec mon fils quand il avait 7 ans. Lors de la lecture, l'histoire avait suscité beaucoup de questions de sa part et des échanges riches entre nous. Il a été un livre fondateur de son registre de valeurs personnel. Huit ans après, il s'en souvient encore. Nous avons lu aussi "Histoire d'un escargot qui découvrit l'importance de la lenteur" ; celui-là fut d'un grand soutien pour accepter de ne pas être le plus fort ou le plus rapide. Il valorise l'imagination, l'ingéniosité, l'audace, le courage, la patience, la persévérance.

Humeur déco #244
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Et puis, Luis Sepulveda, pour moi, c'est aussi le voyageur qui part à la rencontre des terres, des personnes, des animaux... mais pas n'importe lesquels. Son Amérique du Sud, sa Patagonie, dont il parle avec passion, avec amour, sans fard et sans angélisme. Parmi ses derniers livres, "Dernières nouvelles du Sud" et "Le dernier voyage du Patagonia Express" relatent des itinérances effectuées avec son ami photographe Daniel Mordzinski sur une période de 15 ans. Au-delà des descriptions de paysages à la fois brutaux et incroyablement poétiques, il y décrit des rencontres, de celles qui prennent du temps pour se connaître, se faire confiance, se parler. Des rencontres qui vous nourrissent tout autant qu'elles vous questionnent.

Humeur déco #244
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Dans le monde entier l’on se salue d’un bonjour. En Patagonie, on se salue d’une question : “Est-ce que tu as du temps ?” Qu’il suffise de répondre oui et les récits s’enchaînent fondés sur un rapport au passé teinté de nostalgie, mettant en scène une terre épargnée par les changements violents qui ont bouleversé le territoire.

Luis Sepulveda, Des nouvelles du Sud

Comme dans tous ses écrits, Luis Sepulveda y fournit également matière à une réflexion sur notre rapport à notre environnement, sur les enjeux environnementaux pour l'avenir. 

Dernier point que j'ai envie de souligner : même s'il n'est pas le plus visible, le thème du rapport au temps est récurrent dans l'oeuvre de Sepulveda. Il l'évoque ainsi dans ses derniers écrits : "Ces voyages au long cours, menés avec mon ami Daniel Mordzinski à partir de 1996, ont ainsi été tiraillés entre le souvenir d’un passé magnifié par les récits oraux, le temps présent du voyage et les perspectives malheureuses portées par les bouleversements socioéconomiques". 

Souvenir d'un passé magnifié, temps présent du voyage, perspectives malheureuses portées par des bouleversements socioéconomiques... n'avons nous pas un parallèle à faire avec la période que nous vivons ?

Humeur déco #244
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Les bonus de mon humeur

Echange savoureux entre deux géants de la littérature enfantine... tellement à retenir, tellement à apprendre !!!

Le coup de gueule du philosophe André Comte-Sponville sur l'après-confinement - Parce que, même si on ne partage pas son avis sur tout, ce coup de gueule remet certaines pendules à l'heure.

Plus de 300 chants d’oiseaux de nos campagnes classés par ordre alphabétique sur Internet - Parce que c'est une

François Gabart et le pouvoir de l’imaginaire - Parce qu'il nous prouve qu'on peut être marin et sensible, parce qu'il nous ouvre des portes pour continuer à vivre le confinement le plus sereinement possible.

Fenêtre Ouverte : participez au concours photo lancé par la Maison européenne de la Photographie - Parce que c'est peut-être le moment de se découvrir des talents de photographe... qu'on participe à ce concours ou pas !!!

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marie agapanthe 24/04/2020 10:11

J'ai pris un grand plaisir à lire ton billet et à en apprendre un peu plus sur Luis Sepulveda dont je n'ai pour l'instant lu que " Le vieux qui lisait des romans d'amour", et c'était il y a fort longtemps. Tes mots m'ont donné l'envie d'aller découvrir d'autres oeuvres de ce grand écrivain et j'ai noté les titres conseillés sur ma liste à lire. Une liste que je me constitue depuis le début du confinement et qui s'est considérablement allongée au fil des jours. Je me refuse à commander ces ouvrages sur internet, d'une part pour ne pas mettre encore en danger la vie des employés de la poste ou des chauffeurs livreurs et d'autre part pour ne pas commander aux géants de la distribution. Je préfère attendre la fin du confinement et aller les acheter dans une librairie indépendante du centre-ville.
A part ça ( sans jeu de mots ) , je viens tout juste de découvrir que l'on pouvait cliquer sur les titres ocres du Bonus de ton humeur et qu'ils servaient de liens !!! J'ai énormément apprécié l'interview d'André Comte-Sponville et peut-être pour un futur bonus de ton humeur je te mets un lien pour l'interviex d'un autre grand monsieur Edgar Morin https://lejournal.cnrs.fr/articles/edgar-morin-nous-devons-vivre-avec-lincertitude mais tu connais peut-être déjà.
A bientôt Marie *

Gaëlle 26/04/2020 22:22

Je suis comme toi, ma liste de livres à lire s'allonge en attendant l'ouverture de ma petite librairie. Pour moi, le livre incontournable de Sepulveda, c'est l'Histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à voler.
Très grand Monsieur Edgar Morin et toujours très juste et pertinent dans ses analyses. Ce sujet de l'incertitude est passionnant et dans le billet d'humeur de ce lundi j'ai listé un article qui en parle... j'ai préparé mon billet d'humeur avant de répondre aux commentaires en souffrance, sinon j'aurais pu intégrer cet interview que tu m'as adressé. Sur le thème de l'incertitude, je suis tombé quassi sur une phrase d'Éric-Emmanuel Schmitt :" La vraie sagesse ne revient pas à détenir des certitudes mais à apprivoiser l’incertitude. " Elle tourne un peu en boucle dans ma tête depuis quelques jours !!!
Je te souhaite une belle semaine. Prends bien soin de toi et de tes proches.

Pinto 23/04/2020 20:32

Bonjour,
Juste un grand merci pour cet article!
Luis Sepulveda est né dans ma vie natale et j'ai appris beaucoup en lisant ses œuvres.
Aimer et respecter la différence sont quelques bases que mes enfants ont appris et que j'espère y resteront!
Merci pour vos billets Humeur déco!
Prenez soin de vous et vos proches

Gaëlle 23/04/2020 22:17

Bonjour Pinto et merci pour ton commentaire. J'espère aussi que mon fils gardera ces valeurs toutes sa vie... et je crois que oui, parce que quand on a grandi avec elles on en connait toute la richesse. Prenez bien soin de vous et de vos proches

Pascale 23/04/2020 10:03

Tu m’as vraiment donné envie de découvrir Luis Sepulveda, quel livre me conseillerais tu pour commencer ? Belle semaine

Gaëlle 23/04/2020 22:19

Sans hésiter l'Histoire de la mouette et du chat qui lui apprit à voler. Il est tellement riche et généreux. Il m'arrive de le relire de temps en temps et à chaque fois je me régale de sa poésie et j'y découvre un sens nouveau, un éclairage sur quelque chose qui me touche... C'est toujours un formidable apaisement. Belle fin de semaine Pascale